RUE K. >

COURT MÉTRAGE, ANIMATION, 7' 08"

 

RÉSUMÉ DU FILM 

Vision poétique et surréaliste de la ville de Prague sous la forme de collages photographiques animés. 

 

PHOTOGRAMMES DU FILM VISIBLES "ICI"

 

RUE K. EST UNE ADAPTATION VISUELLE DU TEXTE SUIVANT :

C'était comme dans un cauchemar.

J'entrais dans la maison, ou dans la ville, comment savoir ?

Elle semblait enfouie sous un entrelacs de racines et de feuillages, blottie dans cet écrin de verdure, comme protégée du temps. Je croyais reconnaître la rue K. Pourtant, la ville n'était pas vraiment là. 

Des plantes folles poussaient au pied des statues, les enlaçaient.

Une jeune fille de pierre tentait de s'extraire d'une façade. Autour d'elle, la roche se délitait, retournait poussière.

Dans les fissures du crépi qui craquelait apparaissaient des visages fantômes. Milena ? Une affiche d'autrefois ? Staline ? Ou quelque autre dirigeant communiste ? 

Rue Capek, dans un bazar, près d'un homme de cire, un Kafka en tôle découpée battait la mesure dans un minuscule castelet mécanique.

Une pluie de pointes venues de nulle part, transperçait une toile peinte, tandis qu'un squelette borgne avec noeud papillon retenait prisonnier un bébé de celluloïd entre ses côtes. 

Le visage fugitivement entraperçu, de l'Homme qui composait d'objets son propre portrait, n'était qu'une gravure ancienne que le déroulement du temps continuait d'entraîner dans sa course. Tantôt « tête de cactus » couverte des « épines de pensées lancinantes » sur un cou devenu « un bouquet de havanes » rassemblés par un col montant et serré, tantôt se trouvant dans le cabinet d'un dentiste, découvrant dans sa bouche deux meules broyant « l'œil de verre de ses appétits de cannibale. » 

J'avançais lentement, comme à tâtons, jusqu'à une cour intérieure où dormait une poupée, jusqu'à un long couloir qui menait peut-être au coeur du mystère. Au dehors, les statues n'en finissaient pas de se briser. Le sol s'ouvrait pour les engloutir.

Dans les sous-sols du Lucerna, entouré d'ombres diaphanes, jeunes filles oubliées du Printemps de Prague, je pensais à Prokop écrivant : « La solitude en compagnie d'une présence invisible, la solitude en compagnie d'un mirage suspendu dans l'air chaud et tremblant. » 

J'entendais des pas au-dessus de ma tête, on frappait à la porte, quelqu'un appelait : Gregor ! Gregor ! Dans le passage, la métamorphose opérait. 

Et puis le Pont Charles, dans la brume du matin, désert. Je n'osais pas le franchir, de peur de m'éveiller dans une autre ville, sans mémoire, aux murs trop lisses, de peur de perdre mes fantômes que je commençais à reconnaître. 

J'aimais ce voyage dans la Prague de mon rêve. « Nous approchions l'un de l'autre comme deux fleurs couvertes d'abeilles ou deux rhinocéros en fureur. »

 

Texte de Michèle Lesbre et Pierre-André Sauvageot

Citations de Vítezlav Nezval, Prokop Voskovec et Karel Šebek